Il y a une vie après les CD et les MP3… La preuve en images, en mots et en vidéos. Découvrez sans plus attendre les DVD, livres et autres objets culturels qui ont fait vibrer (ou pas) la rédac ce mois-ci !
Motown, Soul et Glamour (livre), Florent Mazzoleni et Gilles Pétard
On a du mal à le croire mais Motown, Soul et Glamour est bel et bien le premier livre en français entièrement dédié au mythique label de Detroit, qui a été longtemps été ignoré par le public français au profit de la Soul sudiste. Pour autant, ce n’est en rien un livre qui ressasse des banalités sur le label. Non, loin de là, Florent Mazzoleni, spécialiste des musiques populaires, et Gilles Pétard, le vrai Monsieur Motown France (n’est-ce pas, Diam’s ?) savent de quoi ils parlent et nous racontent plein d’anecdotes plus passionnantes les unes que les autres. La connaissance au service de la passion, en somme, car celle-ci est palpable dans chaque mot. En plus, ajoutons que ce livre est superbement bien documenté, agrémenté de magnifiques illustrations, souvent rares voire inédites. Un véritable coup de cœur qui devrait figurer dans toute bibliothèque digne de ce nom pour les fans de l’enseigne ou de Soul music en général. Berry Gordy Jr., Smokey Robinson, Diana Ross, Stevie Wonder, Marvin Gaye, Mary Wells ou encore les Funk Brothers… tout ce beau monde n’aura plus aucun secret pour vous alors jetez-vous sur ce pur bijou ! Bonne lecture. Par Mathieu
Live At Last (DVD/Blu-Ray), Stevie Wonder
J’annonce la couleur tout de suite. J’aurais adoré ajouter ma voix au concert de louanges autour de ce DVD live mais je ne le ferai pas. J’ai lu beaucoup de critiques dithyrambiques sur ce concert, et pourtant, mes pensées se reflètent exactement dans les propos de ce commentateur d’un célèbre site marchand que je ne citerai pas : « C'est pro, très pro, trop pro, une grosse machine bien huilée, de laquelle rien ne dépasse : pas un poil qui se dresse, pas une larme, pas un pain, et au bout de 2h15 les musiciens sortent de scène sans avoir transpiré une goutte. ». La sélection de morceaux est trop prévisible, on y retrouve les grands tubes de Stevie que l’on entend régulièrement à la radio. Si encore l’artiste avait eu l’audace de les réinventer, le résultat serait bien plus intéressant que ces versions qui ressemblent hélas trop souvent à de fades duplicatas à la note près des enregistrements studio. De plus, Stevie Wonder n’a pas perdu cette fâcheuse manie de surchanter, qu’il traîne depuis les années 80. Sans oublier bien sûr la pénible participation du public sur plusieurs des titres proposés, transformant ainsi ce concert de l’un des plus illustres génies de la Soul en une grande messe du karaoké… On se serait également passé des dispensables morceaux à l’harmonica, où Stevie revisite très gentiment de grands standards du jazz, de Miles Davis (All Blues) ou de Chick Corea (Spain), et encore plus de son interminable délire talkbox sur des classiques de la pop et du rock UK, des Beatles ou des Rolling Stones. La talkbox est un instrument fabuleux mais il y a des registres musicaux où son utilisation est vraiment hors contexte, et c’est le cas ici. Même s’il y a des moments émouvants, bien évidemment, comme sur Isn’t She Lovely, chanson écrite pour célébrer la naissance de sa fille Aisha, qui est présente sur scène en tant que choriste, ou l’inédit You Are The Only One For Me, ce Live At Last nous laisse généralement sur notre faim. Par Mathieu
Live At Montreux 1984 (DVD), David Sanborn
Ok, je vous l’accorde, ce DVD est sorti en février mais comme on dit, « vieux motard » que jamais… Tout d’abord, rappelons que Montreux est un lieu mythique du jazz qui a toujours été enclin à ses formes les plus groovy (et même à la soul, comme avec le mythique live de Marvin Gaye). Le concert dont il est question en est la preuve. Pour ceux qui ne seraient pas familiers avec David Sanborn, il est ce saxophoniste alto surdoué, à la sonorité si chatoyante et luxuriante, et aux mélodies simples et limpides, bien que redoutablement efficaces et remarquablement composées. Si Sanborn y apparaît en grande forme, les autres musiciens sont très loin de démériter, en particulier le regretté guitariste Hiram Bullock, qui pour peu, volerait presque la vedette à la star de la soirée. Véritable showman, Bullock électrise le public avec son énergie des plus funky. Pieds nus, il s’agite dans tous les sens, exécute des pas de danse improvisés, s’invite au milieu du public, où il se livre très volontiers à des jams sans fin, allant même jusqu’à jouer allongé à même le sol. Il n’y a guère que la présence de la chanteuse folk-pop Rickie Lee Jones sur le standard Autumn Leaves de Yves Montand qui soit très dispensable ici. Celle-ci chante toujours très faux… une habitude chez elle. Une fois la chanson finie, Sanborn annonce qu’elle reviendra chanter plus tard mais en vain, preuve désagréable que le concert proposé n’est pas dans son intégralité. On se console donc avec le bonus, un live de 1981, où l’on peut voir un Marcus Miller jeune et alors assez peu connu à l’époque, comme en témoignent les rares plans sur lui, mais déjà vigoureux et virtuose (il n’y a qu’à voir son solo de basse très slappy sur Hideaway). A l’image des concerts, les DVD de la série Montreux sont toujours un authentique label de qualité : image et son impeccables, prises de vue rythmées et rapprochées qui nous donnent l’impression d’être dans le public… bref, la grande classe ! Ce Sanborn cuvée 1984 s’avère donc indispensable dans la « Montreuxthèque » de tout fan de jazz-funk/smooth jazz qui se respecte, à ranger non loin des DVD des Crusaders, Benson, Casino Lights ‘99 et autres Legends. Par Mathieu
Soul Bag (magazine)
41 ans, ça se fête ! En septembre dernier paraissait le 1er numéro en kiosque pour ce doyen de la presse Soul française, créé en décembre 1968. Ce magazine qui avait réussi à imposer une musique alors incomprise de la presse jazz et rock fait peau neuve pour l’occasion. Mais attention, le trimestriel traite autant de soul que de blues, comme son slogan l’indique, donc ne vous étonnez pas de voir des noms avec lesquels vous pourriez être peu familiers. C’est toujours passionnant d’avoir un point de vue sur ces musiques que nous adorons de la part de connaisseurs qui les suivent depuis leur création ou presque. Ces puristes de la première heure dénichent pour vous des artistes et des albums sur lesquels vous ne seriez jamais tombés autrement, et ça, c’est vraiment « Le Pied » (pour reprendre un classique de leur notation) ! Dans ce nouveau numéro avec le « Gentleman Bluesman » Eric Bibb en une, vous pourrez lire des interviews de Lee Fields, N’Dambi ou encore Gilles Pétard, l’expert français ès Motown et co-auteur de Motown, Soul et Glamour, cet excellent ouvrage dont je vous ai parlé plus haut. Parmi les chroniques, vous trouverez bien évidemment du blues et de la soul à papa mais aussi pas mal d’artistes dont on parle régulièrement sur OnlyGroove, dont Dajla, Mark Robertson, Juan Rozoff, Ledisi, Raul Midón ou encore une Beverley Knight quelque peu égratignée… Après tout, comme le dit le rédac’ chef Nicolas Teurnier himself, « Blues, soul, rhythm & blues, gospel, funk, zydeco… Une musique ? ». A méditer sagement en feuilletant les pages de ce magazine que l’on ne saura trop vous recommander. Par Mathieu
Que de bouleversements en cette année 2009 côté presse musicale ! L’excellent magazine généraliste Muziq, à la ligne éditoriale inédite et exceptionnellement ouverte (l’un des premiers à considérer la soul et le funk avec le même égard que le rock ou la pop), a disparu des kiosques, laissant orphelins les mélomanes libres d’esprit, voulant échapper au diktat impérial d’une presse hype à forte dominance rock/électro, comme en témoignent des magazines comme les Inrocks ou Technikart. Le père jazzy de Muziq, Jazz Magazine, lui, a fusionné avec son concurrent de toujours, Jazzman. Et malgré tout, en cette année de crise pour la presse, il y a toujours de la place pour un nouveau magazine de jazz. Etonnant mais vrai ! Gage de fiabilité, celui-ci provient de l’équipe de Vibrations. Le premier numéro de So Jazz met Jamie Cullum en couv’, ce qui n’est pas un choix anodin, loin de là. En plus de l’interviewer, il consacre une page entière au look vestimentaire du crooneur anglais. Vous avez dit racoleur ? Non, juste une revue jazz d’un nouveau type, celui décomplexé, qui veut rompre une fois pour toutes avec le côté élitiste, snob et coincé du jazz. Car qu’on ne s’y trompe pas, So Jazz n’est en rien un magazine de vulgarisation ou un Star Club du jazz. Il aborde les musiques les plus pointues avec autant de finesse et d’exigence que les grands noms de la presse jazz. Pour preuve, le free jazz de Cecil Taylor a droit à plusieurs pages qui brossent un portrait fascinant du pianiste. On y trouve également, pour le plus grand plaisir des yeux, une galerie de photos sur Miles Davis et son univers visuel ainsi qu’un article très instructif sur les liens étroits qui unissent jazz et mafia, où l’on apprend en quoi les gangsters ont pu permettre le développement de cette musique. Seul regret, So Jazz fait très peu état des déclinaisons plus groovy ou fusion du jazz, qui sont hélas presque passées sous silence. Tous les magazines de jazz n’ont pas leur Frédéric Goaty après tout…
(P.S. : Le deuxième numéro est déjà en kiosques à l'heure où j'écris ces lignes. Outre le pianiste Keith Jarrett qui fait la couverture, on retrouve notamment un article sur la « double-culture » jazz/hip-hop, avec logiquement la réunion de l'un des plus jazzy des rappeurs et de l'un des plus hip-hop des jazzmen, j'ai nommé respectivement Messieurs Q-Tip et Robert Glasper. De quoi faire mentir mes propos un peu plus haut...) Par Mathieu
The Pursuit (édition collector) (CD + DVD), Jamie Cullum
Même si j’avoue n’avoir pas du tout été emballé par son nouvel album The Pursuit (je vous invite à consulter ma chronique car je ne reviendrai pas là-dessus ici), je me devais de parler du DVD qui l’accompagne dans son édition collector. Si ce produit figure dans cette rubrique, c’est sans doute parce que le DVD en question est tout sauf le genre de DVD bien pauvre qui nous est habituellement fourni en bonus, avec à tout casser quelques clips et une interview. Non, il s’agit là de plus d’une heure de prestations live qui ont eu lieu au cours de l’été 2009. Des extraits de performances en Europe au North Sea Jazz Festival de Rotterdam ou au Montreux Jazz Festival… mais aussi au Sónar Festival de Barcelone, un festival dédié aux musiques électroniques. L’occasion de voir Jamie Cullum reconverti en DJ aux côtés de son frère Ben Cullum. Ceux qui ne sont pas allergiques aux BPM élevés et aux rythmes répétitifs de la techno apprécieront sans doute cette performance hors sujet. Quoique « hors sujet » est un mot à bannir de notre langage quand on parle de Jamie Cullum car ce serait oublier un peu vite qu’il est l’artiste caméléon par excellence, celui à qui on ne peut donner aucune leçon de polyvalence. Pour le reste, Jamie est toujours aussi fou sur scène et on aime ça ! Il joue du piano à genoux sur Don’t Stop The Music de Rihanna, nous fait son traditionnel numéro de saut du piano sur Get Your Way, se glisse au milieu de la foule avec ses musiciens mais sans micro sur le standard Caravan de Duke Ellington ou fait interagir le public sur le guitare-voix London Skies. Côté bonus, on retrouve le making of de sa rencontre avec le Count Basie Orchestra pour l’enregistrement de Just One Of Those Things ou encore une interview de Greg Wells, le producteur de son dernier album. Mais le meilleur bonus reste encore les commentaires audio où Jamie nous raconte les anecdotes qui se cachent derrière chacune des chansons de l’album. Bref, on n’est pas escroqué. Par Mathieu
A éviter :
Respect Live 1967 (DVD), Otis Redding
Un simple condensé d'extraits de concerts déjà parus sur de précédents DVD, qui n'excède pas les 48 minutes (dont trois prestations complètement hors sujet), et une qualité visuelle et sonore très médiocre. Autant dire une belle arnaque ! Préférez Dreams To Remember: The Legacy Of Otis Redding de 2008, sans hésiter. Par Mathieu
A venir :
- My First Name Is Maceo (DVD), Markus Gruber (4 janvier 2010)
- Live From Glastonbury (DVD), Jay-Z (4 janvier 2010)
- Black Dynamite (ciné), Scott Sanders (13 janvier 2010)
- The Paris Concert New Morning (Blu-Ray), Yellowjackets (15 janvier 2010)
- The Paris Concert New Morning (DVD), Al Foster (15 janvier 2010)
- Good Evening Ev'rybody (DVD), Louis Armstrong (26 janvier 2010)
- Black Music (livre), LeRoi Jones (5 février 2010)
- Live In Paris (DVD), Raphael Saadiq (15 février 2010)
- Rap stars : les nouvelles icônes (livre), Adeline Lajoinie (15 février 2010)
- Michael Jackson's This Is It (DVD/Blu-Ray), Kenny Ortega (1er mars 2010)
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