Assurément, Shinri fait désormais partie de la nouvelle scène musicale. Dotée d’un sang-froid exceptionnel, c’est sans partitions que cette jeune femme, au tempérament de feu, maîtrise les soubresauts de sa voix comme ceux de son orchestration.
Shinri, ton nom a-t-il une signification particulière ?
Shinri est mon nom d’adoption londonien. Pourtant cela vient du japonais. Cela signifie “la vérité“. Il faut le comprendre dans un sens métaphorique. C’est “la vérité“ qui tombe de l’arbre du savoir. Ce nom me vient d’un ami bassiste, Kuma Harada. C’est lui qui m’a donné mes premiers conseils en matière de musique. J’ai fait mes premiers enregistrements chez lui, à Londres. Il était toujours entouré de pleins de gens. Il y avait des anglais, des japonais, des anglais qui parlaient japonais (rires). Un jour, je ne sais plus ce que j’ai dit, mais l’un d’entre eux m’a dit : « C’est Buddha qui a dit ça. Tu es Shinri ! ». On a ensuite plaisanté dessus, et depuis c’est resté.
Tu es né d’une mère hollandaise et d’un père nigérian. Mais tu vis également en Angleterre… De quelle culture te sens-tu finalement la plus proche ?
Je ne vis plus vraiment en Angleterre. Notamment, j’aime beaucoup le sud de la France, en particulier la Charente-Maritime. Même en novembre, il y fait encore beau. Enfin, pour répondre à ta question, j’ai beaucoup de mal à m’assimiler à une seule culture. Je suis autant d’ici que d’ailleurs. Mon premier passeport était nigérian, c’est tout ce dont je suis sûre. Mais comme j’ai vécu près de vingt ans à Londres, depuis l’âge de 15 ans, je dirais que je me sens peut-être davantage anglaise. Mais Londres est une ville tellement cosmopolite. C’est difficile de trouver quelqu’un qui ne possède qu’une seule culture. Je suis aussi comme ça.
Tu n’as pas peur que l’on t’assimile à une chanteuse anglaise ?
Non pas vraiment. Tu sais, l’important pour moi reste la possibilité de jouer ma musique. Si les gens veulent appeler ça de la soul, du rock ou du rap, peu importe. Si les gens veulent m’identifier à une chanteuse anglaise, hollandaise ou nigériane, cela ne me dérange pas. L’important est de jouer ma musique.
Tu as fais tes premiers pas sur les scènes Londoniennes. Tu en gardes quels souvenirs ?
Je suis arrivé dans la musique en faisant du rap. Je n’avais que deux ou trois chansons qui n’étaient même pas au point. Mais j’avais la chance de connaître Kuma. J’ai eu, grâce à lui, la chance de connaître beaucoup d’autres musiciens. Je me souviens de mes premières scènes, avec mes trois chansons. Ce n’était pas bon, mais je me souviens juste qu’il y avait déjà le groove. Mes souvenirs les plus anciens sont le groove, le swing, et un profond sentiment de liberté.
Tu chantes et joues aussi de la guitare. Tu es pourtant autodidacte. Quels sont les secrets de ton potentiel artistique ?
C’est une histoire de rencontre. J’avais Kuma Harada comme gourou. Et puis j’ai connu de supers musiciens, comme Kevin Davy ou Keziah Jones, l’un de mes meilleurs amis. On se connait depuis plus de dix ans. Et c’est vrai que sa musique et ses conseils m’ont beaucoup influencée. J’ai aussi fait mes premiers live en rap avec la sœur de Chaka Khan, qui avait un blues band à Londres. Je me suis servie de tous ces conseils, de toutes ces expériences, de toutes ces influences pour me faire ma propre musique. J’avais à l’époque accès à une usine, dans laquelle j’invitais tous les musiciens que je connaissais. On se retrouvait là, on jouait tout et n’importe quoi : des impros, des reprises. C’était très free. Et cette liberté, je l’ai toujours gardé en moi.
Contrairement aux chanteuses d’opéra ou de jazz, je ne travaille pas du tout ma voix. Je ne répète jamais. En revanche, je joue tellement souvent sur scène que cela me permet toujours de m’améliorer. Mon envie de chanter date du moment où j’ai entendu chanter Janis Joplin. Je suis donc passé du rap au chant grâce à elle…
Oui Janis Joplin… Lorsque tu es dans les aigus, ta tessiture est très proche de la sienne. En revanche, lorsque tu restes dans des tons plus bas, ta voix est assez proche de celle de Tracy Chapman !
Oui sans doute. Même si je n’essaie pas de leur ressembler. En tous cas, je trouve cela flatteur. Du moins en ce qui concerne Tracy Chapman. Car pour Janis Joplin, sa voix incomparable était liée à ses excès. Et malheureusement, je suis un peu comme elle. Je ne suis pas sage. Je fais trop souvent la fête et je fume un petit peu trop. Du coup, je casse un peu ma voix. Et c’est peut-être un petit peu dommage (rires).
Tu chantes également en Français ?
Oui car la personne dont je suis amoureuse est française. J’ai aussi beaucoup d’amis en France… Je voulais pouvoir leur à tous dédier quelques chansons.
Tu es en concert à l’Opus le 5 décembre prochain. Tu seras accompagnée ?
Oui, par différents musiciens. Notamment d’un batteur anglais, qui joue admirablement du drum & bass et de mon bassiste, Serge Salibur. Je serais par ailleurs accompagnée d’une des plus belles voix de la soul française, qui est Kristel Dobat. Et puis dans les chœurs, il y aura également ma petite sœur, Alero. Je jouerai sans doute quelques morceaux en acoustiques, guitare-voix. Mais rien n’est encore calé. La plupart n’ont encore jamais joué ensemble. C’est un peu ma petite marque de fabrique. J’aime quand la musique est libre.
Es-tu passée par la case studio ?
Rien de vraiment professionnel encore. J’ai fait la connaissance d’une jeune productrice parisienne qui m’a donné la possibilité de faire quelques petits enregistrements. J’ai donc quelques chansons bien mixées, que l’on peut écouter sur mon myspace. Mais ce n’est pas un produit définitif. C’est free. C’est simplement pour que les gens aient une idée de ce que je fais. Je commencerai l’enregistrement de mon album, avec les musiciens, début 2009.
A partir des influences de quels artistes ?
Mes plus grosses influences restent George Clinton pour son feeling et Fela Kuti pour la liberté qu’il représente. Fela était précurseur d’un style de musique en Afrique. D’un certain point de vue, on peut dire qu’il était autodidacte, car personne ne lui a appris à faire cette musique. Il n’avait pas de règles, il était libre. J’adore aussi Prince, qui écrit des choses formidables. Mais j’aime surtout la musique lorsque je sens que la personne qui la joue est libre. Quelqu’un comme Spleen fait partie de ces gens libres que j’apprécie. D’ailleurs, Keysiah, Spleen et moi avons récemment fait un petit jam*. C’était totalement improvisé. Pour moi, c’est un peu comme si je revivais à Londres pendant quelques instants. Car ces freestyles musicaux sont encore un peu rares en France. Ici on prend la musique toujours trop au sérieux. On ne se rend pas compte combien l’humour, la fantaisie et l’improvisation vont de pair avec la musique.
Shinri merci. As-tu un dernier mot à ajouter ?
Cette interview fut un plaisir. Curieusement, je ne parle pas souvent de musique. Alors, quand j’en parle, j’adore ça et je n’arrive pas à m’arrêter.
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