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Interview Akon

Confessions d’un ex-prisonnier


Deux ans après Konvicted, Akon revient pour clamer sa liberté avec Freedom. Il est donc venu à Paris s’expliquer sur la nouvelle orientation sonore sur laquelle il a travaillé à l’occasion de la préparation de ce nouvel album. Entouré des artistes de son label, il demeure tourné vers les histoires amoureuses qu’il perçoit avec un aspect plus subtil qu’il n’y paraît comme il nous expliquera. Mais par ailleurs, l’artiste a récemment entraîné quelques controverses entre ses actes malsains dans une boîte à Trinidad-et-Tobago et une polémique lancée sur des mensonges qu’il aurait utilisés pour créer son image d’ex-prisonnier. Eh bien, pour tous ces sujets, Akon a tenu à s’expliquer en toute honnêteté et absolument serein pendant tout l’entretien. Est-ce l’annonce du fameux album de la maturité… ? Vous jugerez le 1er décembre…


Avant tout, après les succès de Trouble et Konvicted, qu’est-ce que vous attendez de votre nouvel album ?

J’espère une nouvelle réussite ! On a essayé de renouveler le « Konvict Sound » en expérimentant de nouvelles choses mais sans s’en éloigner de trop. On a surtout tenté de s’appuyer sur la vague Electro Club venue d’Europe et la ramener aux Etats-Unis. J’apprécie beaucoup car l’album sonne plus international.

Justement, il est évident que vous avez changez votre style musical. De qui vous êtes-vous entouré et pourquoi ?

A vrai dire, j’ai entièrement produit et écrit ce nouvel album en famille. Je me suis simplement entouré de trois coproducteurs que je viens de signer sur Konvict Musik : Giorgio Tuinfort d’Amsterdam, un gars nommé RedOne du Maroc et un troisième venu de Los Angeles. Ces trois là, je les ai pris sous mon aile et les aide à se développer. On a déjà travaillé ensemble sur des projets par le passé et j’espère que l’on continuera longtemps.

Lorsque vous utilisez l’auto-tune, est ce que c’est pour copier T-Pain ?

L’auto-tune, c’est un « Konvict sound » ! On a commencé cela avec lui il y a trois ans et tout le monde posait des questions sur ça du genre: « pourquoi tu signes un artiste qui ne sait pas chanter ?! ». Alors que la vérité n’est pas qu’il ne sait pas chanter, il peut chanter tous les jours. Mais en fait? je me disais que c’était un son qui allait être celui du futur. Je savais que tout le monde me critiquait pour cela tout le temps mais au final tout le monde reprend le même son. C’est typiquement un truc qui se passe dans le milieu hip-hop aux Etats-Unis : dès que les gens se rendent compte qu’un son obtient du succès, tout le monde s’y adapte. J’attends la même chose de mon euro club vibe avec ces mélodies et ces paroles : d’ici un an, tout le monde fera pareil et on changera encore. Bientôt, j’utiliserai des mélodies avec des tambours africains et avant que vous ne vous en rendiez compte, tout le mode m’aura copié (rires). J’assume la responsabilité de changer les sons et d’être le seul à revendiquer ces styles.

Et les multiples collaborations c’est un concours entre vous deux ?

Non mais il est vrai que j’ai passé cela à T-Pain. Le but était plutôt de révéler mon nom à tout le monde car à l’époque de « Locked Up », personne ne mettait un visage sur le nom « Akon ». Ma stratégie était de collaborer avec tout le monde à travers le monde. Par exemple, Booba je l’ai appelé pour lui demander s’il avait aimé le titre et après sa réponse positive je lui ai dit directement : « Tant mieux, car je veux que tu sois dessus ! » C’est vraiment une de nos méthodes pour élargir notre public.

«Les relations sont toujours “rocky” pour des raisons financières !»

Quelle est la signification du titre « Freedom » ? D’une certaine manière, succède-t-il à votre hit « Locked Up » ?

En fait, ce titre a beaucoup de significations. Principalement, le fait que je me considère comme complètement libre de tout désormais. Le point de départ qu’est « Locked Up » implique tout ce que j’ai réalisé jusqu’à aujourd’hui et ce que je suis. Mais c’était plus une expérience qui me donnait la différence entre une certaine réalité et la vraie réalité. Du genre de celle qui vous aide à grandir en tant que personne d’une manière positive. Cette expérience a été bizarre car je ne pensais pas réussir ma carrière musicale même si j’ai toujours baigné dans le milieu.

Plus spécifiquement, parlons du titre « Freedom » qui semble plutôt intime.

Oui c’est très personnel. C’est en quelque sorte l’aventure de ma vie. Celle de quelqu’un venu de l’Afrique jusqu’aux Etats-Unis et qui est parvenu à réussir sa carrière malgré les nombreuses embûches. Le problème était de réduire ça à un format de 3”30. Je voulais aussi réussir à toucher les fans directement par cette chanson. La migration d’un univers à un autre et toutes ses conséquences m’ont amené à me poser et à réfléchir sur l’histoire de ma vie et partager avec eux toutes les galères que j’ai eues avant d’obtenir le succès et la liberté.

De qui vous êtes-vous entouré pour cet album ?

Les featurings dans cet album restent autour de ma base familiale : T-Pain, Kardinal Offishal, Colby O’Donis et Ray Lavender de mon label plus des gens de l’extérieur mais proches comme Lil’ Wayne, Young Jeezy et Wyclef Jean. J’adore tous ces gens car ce sont de gros travailleurs. D’habitude, j’avais un minimum de collaborations mais pour Freedom, il y en aura un petit peu plus étant donné que je suis désormais lié musicalement parlant à plus de personnes.

Et pour ce qui est de Wyclef Jean… Etant parmi ceux qui vous ont aidé à vos débuts dans le milieu, sa présence a-t-elle une signification ?

Tout à fait. Le titre de l’album « Sunny Day » avec lui est la célébration de nos succès communs : il reflète notre passé et célèbre le futur. Lorsque nous avons commencé à travailler ensemble dans le New Jersey, on était dans un endroit baptisé Booga Basement où plusieurs gens étaient réunis – on venait tous de l’extérieur du pays. C’était le Refugee Camp où tout le monde avait la chance de se réunir pour créer, partager ses différents concepts. Après ça, le succès de The Score des Fugees nous a, à tous, ouvert des portes. En 1996, j’avais d’ailleurs un contrat que je n’ai jamais pu accomplir… car j’étais distrait (rires). Et peu après, j’ai pris ma deuxième chance. En tout cas, sans le Booga Basement je n’aurais jamais fait de musique.

Comment expliquez-vous votre choix de mettre autant de chansons sur les relations amoureuses sur cet album ?

J’ai fait ce choix à cause du timing car je pense que cela joue toujours sur le succès de l’album. Par exemple, mes derniers albums avec des chansons comme « Lonely » ou « Don’t Matter » ont marché car ils sont sortis à un certain moment qui concordait avec mes thèmes. Lorsque vous rencontrez des problèmes, les couples rencontrent les mêmes. Et je trouve que la récession actuelle influence l’humeur des gens. Des familles manquent d’argent et tout le monde sait bien que la principale raison pour laquelle les couples se séparent ou se réconcilient est l’argent, c’est naturel ! Dès que les filles ne peuvent plus se faire leurs petits plaisirs, aller au shopping, elles sont de mauvaise humeur, ainsi vous vous engueulez... et sans vous en rendre compte vous créez la rupture. Les relations sont toujours « rocky » pour des raisons financières ! Des fois, il est même possible qu’elles soient plus heureuses avant que le succès ne s’installe. Je suis sûr que tout le monde repense souvent aux moments passés et heureux de ses propres relations sur le déclin d’où la pertinence de la chanson « Right Now ». Enfin, je pense que le concept de chansons d’amour est très efficace dans les clubs d’où mon utilisation d’instrus plus européennes. Je pense que le cliché de l’album avec une chanson triste après une autre plus dansante a toujours fonctionné.

Pouvez-vous décrire votre profil préféré de femmes ?

Ça dépend. J’apprécie les femmes qui servent un intérêt commun : celles qui supportent le fait que je suis un homme public et me font suffisamment confiance pour croire que je ne ferais pas n’importe quoi pour mettre en danger notre relation. Sinon, je ne fais pas de discrimination.

Votre style vestimentaire a changé ? Pourquoi ?

En apparence, il a changé pour le public car j’étais toujours en vêtements street, d’ailleurs je continue de l’être pendant mes jours de repos. Mais en fait, j’explique ce choix par ma maturité actuelle : lorsque l’on devient un père de famille, un businessman, tout doit aller de pair avec cette évolution. En tant qu’artiste, je dois faire attention car je me représente moi-même mais aussi toute mon équipe voire toute l’Afrique. Du coup, je dois agir décemment lorsque je fais face au public.

Expliquez-nous l’absence sur l’album de la chanson avec Michael Jackson, « Hold My Hand » ? Vous n’en êtes pas déçu ?

Pas du tout. Je suis déjà heureux que la collaboration ait eu lieu. La seule raison pour laquelle il n’y apparaît pas est qu’il a été téléchargé 15 millions de fois sur internet ce qui signifie que tout le monde a déjà la chanson (rires). On a donc agi en professionnel, ça n’aurait aucun intérêt de l’y ajouter ! C’est rageant quand vous travaillez à l’une des plus grosses collaborations de votre vie avec un artiste légendaire qui n’a rien sorti depuis un long moment et que vous établissez un plan marketing idéal qui capote au dernier moment. Mais j’ai préféré attendre et revenir avec une nouvelle chanson toute fraîche car on veut vraiment faire ça bien.

Donc il est vrai que vous travaillez à son retour ?

Peut-être (rires).

« Si John McCain est élu, je quitte les USA pour l’Afrique pour les dix prochaines années ! »

Il y a eu des vidéos de vous à Trinidad diffusées sur Internet et des articles remettant en cause votre parcours pénitentiaire. Comment vivez-vous avec toutes ces polémiques ?

Disons que l’on s’y attend avec le succès. Dès que vous atteignez un certain niveau, les mauvaises publicités, les articles tentant de détruire votre crédibilité arrivent, vos moindres faits et gestes sur scène ou autres lieux publics sont scrutés. En ce qui concerne l’incident de Trinidad, ce sont des choses qui arrivent. Moi, je suis venu dans cette boîte pour faire plaisir aux gens et pour interpréter mes chansons. Il n’était pas de ma responsabilité de trier le public en sachant qui paie, qui est en-dessous ou au-dessus de l’âge requis... Je trouve qu’il est vraiment injuste de reporter la faute sur l’artiste car on est juste venus pour rendre un service et repartir. Je profite de l’occasion pour expliquer qu’il faut bien comprendre la manière avec laquelle ils s’amusent aux Antilles : la danse que l’on a faite se nomme le « dirty wining » et tout le monde la fait là-bas. Malheureusement, beaucoup de gens ne connaissent et ne comprennent pas leur culture et ont rapidement supposé que c’était une danse provocante. Il aurait été préférable évidemment que la fille ne soit pas sous l’âge réglementaire et qu’elle n'ait été autorisée à entrer avec son faux papier d’identité. Je comprends que ses parents soient mécontents le lendemain lorsqu’ils ont vu l’article dans la presse car j’aurais réagi de la même manière. Moi aussi quand j’étais jeune, j’ai essayé d’entrer en boîte plusieurs fois. Je ne connais pas de jeunes filles qui ne l’ont jamais fait ! En tous les cas, l’esprit Konvict consiste à toujours faire participer le public lors de nos shows : c’est comme une initiation pour entrer dans notre fan club. Bien sûr, les choses ont explosé à des proportions bien trop élevées mais ça fait partie du métier. On compte sur les médias pour faire attention à ne pas reporter les choses sans tenir tous les éléments. Enfin, toute publicité négative sur les artistes dans les média amène de l’audience, des sponsors, du public. Donc la majorité cherche ce type d’infos surtout que l’artiste n’a pas l’occasion de se défendre de suite. J’espère juste que vous savez que cela n’a pas affecté que moi mais aussi plusieurs personnes qui dépendent de moi et de mes sponsors. J’irai même jusqu’à dire que tout le continent africain à été touché ! En gros, c’était Akon l’Africain et ex-détenu de prison !

Vous êtes-vous expliqué avec la fille ?

Oui, en effet, elle était totalement dévastée des conséquences car elle n’avait rien à faire là. Et les parents étaient plus touchés par l’image de leur fille mais je leur ai expliqué qu’il aurait fallu y aller doucement avant de me blâmer devant la presse : la responsabilité incombe d’abord au gérant de la boîte. Par contre, j’ai fait attention à protéger leur famille, surtout que le père était un prêtre.

Qu’est-ce que vous prévoyez musicalement pour la suite de votre carrière ?

En 2009, j’ai deux, trois albums de prévus en dehors du hip-hop et du R&B. Avec des gens du rock que je ne citerai pas… Peut-être un des membres des Linkin Park… (Rires). Mais vous aimerez quoi qu’il arrive !

A propos des élections US, pour qui penchez-vous et quel est votre avis sur Sarah Palin ?

Il est vrai qu’avant chaque élection, on regarde les candidats pour voir leur profil car ce sont eux qui vont prendre les décisions pour nous. Leurs choix affectent nos situations personnelles et parfois elles ne sont pas équilibrées. Ainsi on est arrivé au point qu’il est évident pour moi qu’Obama a le profil parfait pour prendre le leadership. Sarah Palin, elle, n’a qu’un rôle divertissant qui est d’ailleurs repris tel un gimmick par les shows télévisés US comme Saturday Night Live par exemple. En fait, il paraît impossible qu’elle tienne notre pays ! Ce ne serait pas raisonnable même si elle est une bonne personne et qu’elle a réalisé de grandes choses pour l’Alaska. Croyez-moi, si John McCain et elle gagnent les élections, je quitte les USA pour l’Afrique pour les dix prochaines années !

Que pensez-vous de Paris ? A quel point connaissez-vous cette ville et l’appréciez-vous ?

Je suis passé par Paris une dizaine de fois dans ma vie… mais je n’ai jamais eu le temps de l’apprécier. A chaque fois que je viens, c’est pour le travail. Mais de ce que j’en connais, c’est une ville que j’apprécie et où je me verrais bien vivre. A vrai dire, j’ai prévu d’y rester prochainement pendant quelques années pour récupérer mon anglais que j’ai perdu depuis que je vis aux Etats-Unis. Je le comprends mais je ne peux pas le parler assez pour communiquer.


Un dernier mot pour votre public français.

C’est l’un de mes meilleurs publics à travers le monde. J’essaie de venir en France le plus souvent car je vous apprécie vraiment et en particulier votre honnêteté. Entre les Français et les Anglais, il n’y a aucun moyen de tricher et cela m’aide beaucoup. Du coup, j’essaie d’être toujours à l’écoute. Et croyez-moi, quand ils me disent « pourquoi tu as chanté avec lui ? », « je préfère cette chanson-là, celle-ci », je reviens voir mon crew pour leur répéter (rires) ! En plus, vous posez toujours les questions dures que les autres ne posent pas et cela me pousse à donner les réponses que les gens cherchent à entendre sur les rumeurs qu’ils lisent dans la presse. Je remercie donc tout le monde ici tout comme la communauté africaine à laquelle vous êtes étroitement lié de m’avoir aidé à grandir.



Par Babacar Diarra
Publiée le dimanche 16 novembre 2008


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