On voit en lui l'espoir de la scène soul française, déjà un pionnier ou alors rien qu'un chanteur underground de plus. Quoiqu'il en soit, après avoir rempli quelques salles, conquis quelques soul addicts, Rony sort enfin son premier album. En concert à l'Etage en décembre, Onlygroove en a profité pour faire une interview filmée dans ... une laverie (une idée de Rony !).
Ca ne fait pas longtemps que le public te connaît et ton album sort bientôt. Tu ne trouves pas cette sortie trop rapide ?
Non justement, puisque c'est de la soul/nu soul ou appelez ça comme vous voulez. En France ça reste encore un mouvement 'underground', on entend pas encore trop ça sur les radios, à part Gage ou Corneille, mais ce n'est pas vraiment de la soul. Donc ce n'est pas quelque chose de très populaire, alors justement on a essayé de sortir mon album, avant que ce genre de musique passe à la radio, tv etc. ça nous permettrait justement d'être parmi les 'pionniers', d'être parmi les premiers à faire cette musique là en France. Et il y a pas mal de gens aussi qui ont réclamé, en disant "Mais qu'est-ce que tu attends pour sortir un truc?", donc c'est aussi par rapport à la demande des gens. Alors pour toutes ces raisons on a décidé de sortir cet album en autoprod, financé par nos propres moyens.
Hip Hop/Soul. Hip Hop pour les beats assez 'fat'. Soul pour ce qui est des mélodies, des harmonies, de l'engagement dans les textes, de l'émotion aussi peut-être.
Sur l'album as-tu laissé une grande place au collectif ?
Non. Sur presque tous les morceaux c'est moi qui chante, je fais les backs. Il doit y avoir seulement deux ou trois morceaux où Oz, Willy et K-Ro font les backs. Mis à part les morceaux en featuring avec Electric Conversation (Oz et K-Ro). Je laisse plus de place au collectif en live, moins sur l'album.
Peux-tu nous parler un peu plus en détail du collectif ? Où vous êtes-vous rencontrés ?
On s'est rencontrés par l'intermédiaire d'un mec qui s'occupait de 'moi' au début. Il m'a présenté le collectif 7Sonic [Yeahhhh]. Une fois que j'ai rencontré ce groupe là, eh bien ça été la bonne alchimie, j'ai entendu les première notes du rhodes et j'ai fait "Ouhhhh! c'est ce qu'il me faut !". Et depuis je n'ai pas lâché. Et eux-mêmes ont aimé ma manière d'écrire, ma voix. On s'est bien trouvé quoi.
Qui a décidé de créer ce collectif ?
C'est Luc (le guitariste), Morgan (le producteur), Oz (choriste et membre d'Electric Conversation), et puis au fur et à mesure d'autres gens se sont greffés, dont moi, K-Ro, Bello... Et c'est un collectif qui est peut-être vieux d'une dizaine d'années maintenant.
Qu'est-ce que vous a apporté ce collectif ?
D'émerger justement, de se tenir les coudes, et sortir de rien du tout. Et de faire écouter aux gens un style de musique différent de que ce qu'on entend à la radio, différent du RnB pourri ou du Hip Hop violent que les enfants écoutent. C'est vraiment dans cet esprit là qu'on a fait cette musique, amener quelque chose de nouveau, de plus fraternel.
Comment vous vous organisez pour faire les sons ? Vous faites tout ensemble ?
Ben ouais, on est vraiment un groupe de potes, on est souvent ensemble, on fait les répéts. Quand on rentre en studio, on sait déjà ce qu'on va faire, enfin moi en général c'est comme ça que j'travaille. Comme j'suis souvent dans les transports, j'écris beaucoup, et à coté de ça on me file des instrus donc en même temps que j'écris, j'écoute les instrus, j'vois ce qui colle pas. Et une fois que j'arrive chez mon pote Morgan, ben on essaye de faire ça carré, ouais. Soit on bosse ensemble, soit chacun de notre coté... on a plusieurs manières de travailler mais ça passe toujours bien.
On peut te qualifier d'artiste underground du fait que tu n'es affilié à aucune maison de disques ou label, est-ce qu'un jour tu passeras de l'autre coté de la barrière?
On a un label en fait, notre label qui s'appelle Microsmose, l'album est produit dessus et il va y avoir d'autres compilations et d'autres albums d'autres artistes qui font parti du collectif 7Sonic qui vont sortir. Mais après, aller voir d'autre maisons de disques... si c'est pour qu'ils nous disent ce qu'on doit faire, « faites des morceaux qui passent mieux à la radio, comme sur Génération ou Ado », ce n'est pas la peine, ce n'est pas notre truc, je pense qu'à partir du moment que tu aimes ce que tu fais et que tu partages ça avec les gens, eh bien y a rien de plus vrai.
La scène soul française est assez vaste aujourd'hui, certains artistes cherchent à la révolutionner et d'autre se contentent de suivre le mouvement, où te situes-tu?
Nous, on a vraiment envie de faire évoluer les choses, on ne veux pas venir et apporter un truc qui sonne R&B ou qui est formaté pour passer aux radios. On cherche vraiment quelque chose de différent, un mélange d'électro, pour apporter une touche un peu plus new, neo soul. On veut vraiment apporter un nouveau style de musique. Quelque chose de vrai sans prétention et qui change de tout ce que les jeunes voient à la télé ou écoutent à la radio, pour ne pas citer des 'merdes'.
Et y a d'autre artistes comme Quinze, qui essayent de faire des choses comme ça, mais encore il faut que le public ait les oreilles grandes ouvertes, au risque de se "casser la gueule". C'est un truc à faire je pense. Personnellement, cette mouvance R&B strass et paillettes, cette mouvance rap où on ne dit que de la 'merde' aux jeunes "Ouais je sors de prison blablabla" : c'est nul. Il faut plus de positivisme.
Au niveau de la scène soul française, quels sont les artistes que tu aimes ?
J'apprécie beaucoup Quinze, justement, sur scène il se donne à fond. Kayna Samet parce qu'elle donne beaucoup d'émotions à ses textes et dans sa manière de chanter, elle est vachement impliquée. C'est ça la soul, c'est être vrai, c'est toucher les gens. C'est pas en leur racontant des choses qui n'existent pas ou en leur racontant des choses que la moitié des gens ne pourront pas avoir dans leur vie. Il faut une part de rêve tout en gardant un pied dans la réalité. Y a pas mal de gens que j'aime bien, Amel Bent, K-Reen, Vibe, Stefan Filey... C'est vraiment en train de monter, c'est ça qui est bien, ça fait plaisir, on voit qu'on est pas seul et qu'il y a vraiment un gros mouvement ET justement y a un collectif, Soul Nation, qui essaye de réunir tous ces artistes qui n'ont pas sorti d'album et qui sont pas forcément connus sous la bannière de leur soirée on va dire "strictly soul".
Penses-tu qu'il y a vraiment un avenir pou la scène Soul Française?
Ben ça dépend de comment ça évolue. Moi je pense qu'il y a un avenir mais encore faudrait-il que les gens propagent le son et soient ouverts. Mais pour le moment c'est fermé.
Crois/penses-tu que le buzz qui se crée autour de toi marche bien ?
Oui ça marche. On a eu pas mal de bons retours de gens qui ont entendu parler de nous ou d'autres artistes pas forcément dans le milieu soul/r&b, des rappeurs, des musiciens qui ont apprécié notre style de musique et ça fait plaisir.
Un dernier mot?
Big Up à Onlygroove, au 7SO et à mon p'tit frère Medhi.
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